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L'immersion ... Ça fonctionne ?!

  • Photo du rédacteur: Sophie EBEL
    Sophie EBEL
  • 24 août
  • 3 min de lecture

On entend souvent dire que l’immersion (ou flooding, dans le jargon clinique) ne fonctionne pas.

En réalité, c'est faux. L’immersion peut fonctionner, parfois même de façon spectaculaire.

Mais alors, pourquoi cette méthode est-elle si décriée ?

Entre efficacité potentielle et coût émotionnel imposé à l’animal, il y a un gouffre qu’il faut comprendre.

 

Qu’est-ce qui se passe lors d’une peur extrême ?

Pour saisir les mécanismes en jeu, il faut d’abord comprendre ce que vit l’individu confronté à l’objet de sa peur :

- Activation émotionnelle en cascade

- Déclenchement des hormones liées à la survie

- Cœur qui s’emballe, respiration accélérée

- Corps prêt à fuir ou combattre

- Focus attentionnel sur le danger

Concrètement, le chien se prépare à « ne pas mourir ». Imaginez l’intensité de l’émotion… même quand l’objet de la peur ne représente aucun danger réel. (Coucou les chiens phobiques des poubelles !)

L’immersion (flooding), c’est quoi ?

Le flooding a été conceptualisé dès les années 1960 (Stampfl & Levis, 1967) comme une technique d’extinction brutale : exposer massivement le sujet à ce qu’il craint, jusqu’à ce que la peur “s’épuise”. L’idée repose sur les bases du conditionnement classique de Pavlov et des travaux sur l’extinction.

Concrètement, c’est l’exposition volontaire, massive et prolongée à l’objet de la peur.

On cherche à provoquer une détresse extrême pour forcer le sujet à réaliser qu’il n’y a, en réalité, « rien à craindre ».

Et oui, ça peut marcher. Certains individus voient leur peur s’éteindre brutalement, parfois même après une seule exposition.

Un exemple typique chez l’humain ?

La personne terrorisée par les sensations fortes qui, poussée par ses amis, finit par monter dans un grand huit. Elle hurle d’effroi, persuadée qu’une catastrophe va se produire … puis en ressort tout sourire, fière d’avoir domptée sa peur et parfois retourne même refaire un tour !

Voilà un exemple d’immersion réussie.

Les scénarios possibles de l’immersion chez le chien… car tout n’est pas si simple.

- après un pic de terreur, le chien se calme et réalise que tout va bien. Physiquement et mentalement il est épuisé, mais est maintenant en paix avec l’objet de sa peur. Scientifiquement, cela correspond à un phénomène d’extinction, comme décrit par Marks (1975).

- après un pic de terreur, l’anxiété atteint un plateau… et n’en redescend pas tant que le stimulus est présent. On crée alors un traumatisme secondaire et souvent une aggravation de la problématique anxieuse (Mineka & Zinbarg, 2006).

- après un pic de terreur, le chien se calme soudainement… car il vient de s’effondrer psychologiquement. C’est la sidération ou impuissance acquise, un phénomène démontré par Seligman (1972). L’animal ne bouge plus, ne prend plus d’initiative. On croit voir un chien « apaisé », alors qu’il a simplement appris que toutes ses stratégies de survie sont vaines. Le risque d’évolution vers un état dépressif est réel.

En réalité, le flooding s’avère peu efficace pour traiter les phobies sévères, mais il peut se montrer efficace sur des peurs moins intenses.


L’exposition progressive (désensibilisation) :

Il existe (heureusement) une alternative bien plus respectueuse. Conceptualisée dès les années 1950 par Joseph Wolpe, elle repose sur l’exposition progressive, par étapes, en maintenant l’intensité émotionnelle sous un seuil tolérable.

Concrètement :

- On expose le chien par étapes successives, répétées.

- On veille à maintenir l’intensité émotionnelle sous un seuil acceptable.

- On évite la panique, donc les risques de traumatismes secondaires.

- Le chien progresse à son rythme et conserve sa confiance envers son humain.

Oui, la désensibilisation, c’est plus long.

Mais ce temps est en réalité un investissement dans la relation et le bien-être animal.

Et les études sont claires : à long terme, immersion et désensibilisation sont aussi efficaces (Wolitzky-Taylor et al., 2008) mais la grande différence : l’immersion génère beaucoup plus de souffrance et dégrade la relation humain-chien.

Si deux méthodes donnent les mêmes résultats, mais que l’une inflige une détresse intense, le choix ne devrait-il pas être évident ?

 

En clinique humaine, le flooding (immersion) est largement abandonné pour des raisons déontologiques.

Ne devrions-nous pas appliquer la même logique à nos chiens ?

 
 
 

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